Nous avons quelque chose à vous dire (novembre 2014)

J’ai eu la grande chance d’accompagner le développement du Collectif des Libres Terriennes.

Dans ce collectif, des femmes qui ont traversé l’enfer des violences conjugales, ont pris leur destin en main et se sont constituées en collectif de citoyennes et de créatrices.

J’ai donc accompagné ce collectif dans le cadre d’ateliers Bien-être, estime de soi et citoyenneté, au sein de l’association Libre Terre des Femmes, et nous travaillons avec la méthode des quatre intelligences : intelligence conceptuelle, intelligence émotionnelle, intelligence corporelle et intelligence créatrice

Intelligence conceptuelle : Bien sur, cet atelier est un espace de parole : Les Libres Terriennes partagent leurs expériences, passées et présentes, elles passent en revue les situations de violences conjugales : Elles décryptent le cycle de ces violences, elles analysent les racines de la domination, elles passent au crible les freins et les leviers qu’elles rencontrent.

Bien souvent les femmes prises dans les violences conjugales sont isolées et tendent à penser que leur vécu résulte d’une histoire personnelle, d’une malchance, d’une fatalité.

Grâce à ce partage d’expériences, elles prennent pleinement conscience que ce qu’elles vivent ne relève pas d’un destin individuel, mais résulte d’un système social qui est construit et qui n’est donc pas immuable : il peut y avoir une action de déconstruction. Cette défatalisation est le premier pas d’un mouvement d’émancipation et d’accès à la citoyenneté.

Ainsi l’intelligence conceptuelle est à l’œuvre et en même temps la prise de conscience collective opère.

Parallèlement, nous activons les intelligences corporelles et émotionnelles grâce à d’entraînements pratiques.

Pourquoi ? Parce que l’oppression, la peur, le stress, la dévalorisation ne se sont pas seulement inscrits dans les cerveaux et dans les mémoires intellectuelles, ils sont aussi inscrits dans les mémoires corporelles et émotionnelles. D’où l’utilité de s’entraîner physiquement, psychiquement et émotionnellement, pour se dégager de ces mémoires.

Nous nous entraînons donc à partir de techniques issues des arts martiaux non violents, (principalement Aïkido, Tai chi chuan et Qi Gong).

Nous entraînons aussi nos esprits car les violences conjugales sont dévastatrices pour l’image de soi ; nous utilisons donc des outils d’affirmation de soi pour gagner en stabilité et restaurer l’estime de soi.

Nous traquons les pensées parasites dévalorisantes, démoralisantes, (qui sèment le doute sur nos capacités), nous repérons les émotions perturbatrices (qui peuvent nous faire perdre nos moyens) afin de les mettre à distance et de diminuer leur emprise et leur pouvoir de nuisance .

Nous développons la vigilance mentale et émotionnelle afin de reprendre confiance en soi.

Le groupe se soude, les émotions sont plus facilement gérées, le processus de prise de confiance (en soi et dans les autres) est à l’œuvre pour finalement décupler les énergies des femmes réunies.

Nous voulons ainsi effriter et voir s’effondrer 3 piliers de l’ emprise : l’isolement, la parole interdite et la dévalorisation.

Le collectif n’est pas seulement producteur de connaissances, espace de ressourcement et de créativité, il est aussi lieu   de libération émotionnelle, corporelle et lieu de développement personnel mais de développement personnel collectif.

Individuellement, chacune se découvre comme sujet ayant des droits et non pas seulement des devoirs. Collectivement, les femmes se soutiennent, se reconnaissent comme force sociale, apte à jouer un rôle sur la scène démocratique.

 

Dans le collectif des Libres Terriennes, comme dans d’autres collectifs tel que les Escaladeuses, nous ne sommes pas focalisés sur la douleur , sur la souffrance, nous prenons du bon temps, nous nous faisons du bien et nous rions. Les Libres Terriennes ne sont pas un groupe de femmes victimes de violences, les Libres Terriennes sont un collectif de femmes victorieuses.

Et il y a mieux : ce collectif est un véritable nid d’artistes ; cela a commencé en février dernier quand l’une d’entre nous est arrivée avec des photos des premiers arbres en fleur, des photos superbes. Dans l’atelier nos avons joué à raconter des histoire à inventer des légendes autour de ces photos et ensuite nous avons parlé de la créativité.

Et voilà que nous apprenons que trois autres peignent, tandis qu’une autre pratique des arts du cirque, que deux écrivent, qu’une autre encore est musicienne.

Qu’allons nous faire de tous ces talents et de toute cette intelligence politique, voilà la question que nous nous sommes posées au printemps dernier ; la réponse c’est cet évènement du 29 novembre 2014, « Nous avons quelque chose à vous dire ». Les Libres Terriennes ont quelque chose à nous dire à travers cet événement transartistique. Elles ont organisé cet événement en toute autonomie , avec le soutien de la mairie du 19 ème et de Libres Terre des Femmes, et elles ont invité des partenaires politiques et des partenaires artistes. Elles ont concocté un programme à l’articulation de l’art et de l’engagement sociétal, politique.

A notre grande joie, cet évènement sera renouvelé en novembre 2015! Suivez nous!

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